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Hommage aux inventeurs de la "stab"...

Lâché sur un fond de sable ou sur une prairie de posidonies, faut-il consommer tout son air à regretter une "plongée ratée" et à maudire le pilote du bateau ? C'est pourtant là qu'on rencontre un animal dont le regard ne laisse jamais indifférent, la seiche.

Elle vit en effet ici, parfois en bancs, près de fonds qui nous paraissent monotones, en quête des crevettes, crabes, petits poissons et mollusques dont elle se nourrit. Elle cherche à débusquer des proies dissimulées dans le sable. Elle peut aussi capturer les poissons qui la côtoient.

Pour passer inaperçu, l'animal s'enfouit souvent dans le sable, d'où il ne laisse dépasser que ses yeux. Il est aussi capable d'adapter sa coloration à son environnement.

Lorsqu'il aperçoit une proie, une onde colorée parcourt son dos et ses tentacules. Si la proie n'est pas à la portée de ses tentacules, la seiche se dégage imperceptiblement du sable et s'approche lentement. Finalement, deux longs tentacules préhensiles sont projetés en une fraction de seconde pour saisir l'animal convoité.

Les animaux qui peuvent se défendre sont toujours saisis par celui de leurs côtés qui ne présente pas de danger : les crustacés à pinces sont attrapés par l'arrière. Maligne, la bestiole !

Contrairement à celle de la plupart des autres mollusques, la forme de la seiche, relativement fuselée, est adaptée à la vie nageuse. Mais ce n'est pas tout…

Pour nager lentement, l'animal fait onduler ses nageoires latérales, qui assurent aussi sa stabilité. Et pour fuir ? Il passe la deuxième vitesse ! Il est en effet doté d'un "moteur à réaction" naturel : en expulsant sous pression l'eau qu'il inspire pour oxygéner ses branchies, il peut se propulser très rapidement en cas de besoin. Ce jet d'eau sous pression a une autre utilité : dirigé vers les fonds sableux, il permet de débusquer les proies qui s'y cachent.

Tout cela ne suffit pas pour être un bon nageur sous-marin. Plongeurs, nous le savons : si l'on veut éviter de fournir un effort permanent pour se maintenir à une profondeur donnée, il faut s'alléger. D'où les "stab" dont nous nous harnachons.

Chez certains animaux, la régression, voire la disparition de la coquille est une première réponse à cette nécessité.

Aussi la seiche est-elle meilleure nageuse et bien plus rapide que le nautile, son lointain ancêtre encore doté d'une volumineuse coquille externe ; lui-même est pourtant déjà beaucoup plus mobile que la plupart des autres mollusques.

Le nautile a en effet trouvé le "truc" pour que sa coquille ne soit plus un fardeau : il l'utilise comme un flotteur à densité variable. Intérieurement, la coquille est, en grande partie, vide et découpée en loges par des cloisons. Ces loges contiennent, en proportions variables, un liquide proche de l'eau de mer et du gaz - principalement de l'azote. Le liquide joue le rôle de lest et le gaz celui de flotteur.

Malgré leur différence d'aspect, l'os de seiche - qui est une coquille interne régressée - et la coquille externe du nautile présentent une structure similaire et fonctionnent de la même façon : l'os de seiche présente aussi des loges, très étroites parce que leurs cloisons sont très proches les unes des autres ; et dans ces loges, on trouve aussi du liquide et du gaz.

La seiche comme le nautile ont la possibilité d'agir sur la quantité de liquide contenue dans leur coquille : ils s'allègent en la diminuant pour nager et chasser, et s'alourdissent en l'augmentant pour se poser sur le fond.

Ainsi, la seiche peut rester pratiquement immobile entre deux eaux, alors qu'un calmar ou un poulpe, deux de ses cousins dépourvus de coquille, doivent rester en mouvement pour se stabiliser. Décidément, l'homme n'a rien inventé : chez la seiche, la "stab" est montée en série !

Sans coquille externe, la seiche est-elle plus vulnérable ? En apparence peut-être, mais elle a acquis d'autres moyens de défense. La fuite est le premier d'entre eux : d'où l'intérêt d'avoir un "moteur à réaction" plus efficace que les nageoires ! Mais elle possède aussi la capacité d'adapter par mimétisme, comme le poulpe, son apparence à son environnement et, par conséquent, de se rendre peu visible.

Dès sa naissance, la seiche est en effet pourvue, sous sa peau, de dispositifs colorés qui lui permettent de changer de couleur. Il s'agit notamment d'organes miniatures appelés chromatophores, constitués d'une cellule contenant des grains pigmentés et entourée d'une couronne de fibrilles musculaires qui la compriment ou la dilatent. Lorsque les cellules pigmentaires sont comprimées, l'animal pâlit. Lorsqu'elles sont en extension, l'animal se colore. La coloration obtenue n'est pas uniforme : les pigments cellulaires étant de différentes couleurs, du jaune au brun, elle peut être variable d'une zone à l'autre. Elle dépend des impressions visuelles de l'animal, qui possède des yeux perfectionnés et de grande taille.

Les changements de couleur de la seiche ont un autre intérêt : ils permettent aux mâles de séduire une partenaire…

La parade nuptiale des seiches est très spectaculaire. Le dos du mâle se couvre de zébrures à l'approche de tout animal de son espèce, tandis qu'il exhibe un tentacule copulateur. A sa vue, les autres mâles adoptent le même comportement, tandis que les femelles ne changent pas de teinte. On pense que ce cérémonial est destiné autant à intimider les mâles rivaux qu'à attirer la femelle.

Lorsque celle-ci est séduite, le couple nage côte à côte, le mâle accompagnant tous les mouvements de la femelle tandis que des ondes colorées parcourent son dos de la tête vers l'extrémité postérieure. La nuit, des taches luminescentes peuvent apparaître.

Lors de l'accouplement, mâle et femelle se placent face à face, et entrecroisent leurs tentacules. Puis ils restent, en général, ensemble jusqu'à la ponte, qui survient quelques heures après l'accouplement. Pendant ce temps, le mâle cherche à empêcher les rivaux d'approcher. S'il n'y parvient pas, le rival qui prend sa place expulse la semence de son prédécesseur avec son bras copulateur, et s'accouple à son tour avec la femelle...

Lors de la ponte, la femelle attache sur des algues, des posidonies, des tubes de vers ou d'autres supports 150 à 500 œufs de couleur brune à noire et d'un diamètre de 8 à 9 mm. Leur forme rappelle celle du citron. Ils sont groupés en grappes appelées "raisin de mer". La seiche meurt peu après la ponte, âgée de 24 à 36 mois. Contrairement au poulpe, elle ne veille donc pas sur ses œufs.

La durée de l'incubation des œufs n'est pas constante : elle est d'autant plus longue que la température de l'eau est basse. Elle atteint 3 mois à 15 °C, mais seulement 38 jours à 20 °C. Les jeunes issus des œufs ressemblent à des adultes et adoptent d'emblée le mode de vie de ceux-ci.

Un mode de vie qui mérite que l'on s'attarde un peu, même sur un fond de sable... La seiche est en effet dotée de "capacités intellectuelles" qui la rendent capables de s'adapter à des modifications de son environnement. Et lorsqu'un plongeur rencontre une seiche, qui observe qui, au juste ? Le regard de cet animal, avec sa pupille en forme d'oméga, n'est-il pas impressionnant ?

Vincent

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