Qui s'y frotte s'y pique...
Une douleur à la main qui apparaît durant la remontée... Coup d'œil à travers le masque : un doigt saigne. Sorti de l'eau froide, il gonfle et la douleur devient lancinante. Pas de doute, il a rencontré d'un peu trop près une rascasse !
Voilà, un peu résumée, une petite expérience vécue par un " niveau I " tout frais et maladroit sous l'eau. Une petite expérience qui aurait aussi bien pu être évitée : il suffit de quelques règles de comportement et de quelques connaissances sur les dangers potentiels de la faune pour éviter bien des déconvenues durant une plongée, en mer tempérée comme en mer chaude.
D'une façon générale, les animaux n'attaquent pas les plongeurs : ils se défendent contre ce qu'ils perçoivent comme des agressions. Alors, quels sont les principaux dangers ? Le premier, c'est le plongeur lui-même, ou plutôt les imprudences qu'il commet en toute inconscience. Le deuxième... c'est celui qu'on n'a pas vu !
Par exemple, on ne voit jamais les micro-organismes qui vivent dans l'eau de mer. Si elle est chaude, elle constitue un excellent bouillon de culture : les microbes adorent... et ils vont adorer, après la plongée, le milieu chaud et protégé qu'est notre oreille si elle n'est pas suffisamment rincée. Otite externe garantie après quelques jours.
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Ne pas oublier, par conséquent, de laver le conduit auditif à l'eau potable après chaque plongée et, éventuellement, de le désinfecter à l'alcool à 60 % boriqué.
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Le risque d'otite écarté - c'est déjà ça... -, il faut maintenant se débrouiller pour que les plongées se passent bien. C'est le moment d'ouvrir l'œil, voire les deux...
Aviez-vous vu, là, qu'en admirant ce récif corallien de très près, vos jambes mal protégées par un shorty sont passées à quelques centimètres d'un corail de feu ? Souvenez-vous : les cnidaires (méduses, anémones, coraux, gorgones...) sont munies de cellules urticantes. Au moindre contact, celles-ci éclatent et plantent un filament urticant, une sorte de harpon rempli de venin, dans la peau de la proie ou de l'agresseur. Quand le filament n'est pas assez puissant pour traverser la peau du plongeur, rien ne se passe (sinon que des morceaux du cnidaire peuvent rester collés à sa peau, accrochés par les filaments qui s'y sont plantés) ; dans le cas contraire, l'injection du venin dans la chair peut causer une brûlure très douloureuse, provoquer un choc allergique et laisser des cicatrices durables.
Dans les mers tempérées, la plupart des cnidaires sont sans danger pour le plongeur. Un bémol : après avoir mis vos doigts dans une anémone ou une gorgone pour observer les animaux qui s'y cachent, évitez de vous frotter les yeux, la commissure des lèvres et, en général, les muqueuses !
Un deuxième bémol : de mauvaises rencontres sont tout de même possibles sur nos côtes. Quelques espèces de méduses bien de chez nous sont très urticantes, et il vaut mieux passer largement à l'écart : c'est notamment le cas de la physalie (Physalia physalis) et de la pélagie brillante (Pelagia noctiluca). Leurs tentacules peuvent avoir une longueur de plusieurs mètres, voire de plusieurs dizaines de mètres. Le problème, c'est qu'ils sont presque transparents : quand on les voit, c'est souvent trop tard ! Et si, en plongée de nuit, vous rencontrez la grande anémone alicia (Alicia mirabilis), avec ses tentacules longs et fins et son pied décoré de points dorés, n'y touchez pas !
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En cas de brûlure due à un cnidaire, nettoyer la plaie avec de l'alcool (ou, à défaut, avec du sable), en enlevant les restes de tentacules collés à la peau sans frotter pour éviter l'éclatement d'autres cellules urticantes. Puis traiter comme une brûlure habituelle. Si nécessaire, administrer à la victime un antalgique et un anti-histaminique (donc consulter un médecin).
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Parmi les vers, si inoffensifs en général, il y a aussi une espèce redoutable. Dans les mers tempérées et tropicales, on trouve de très beaux vers de feu (Hermodice carunculata). Là encore, on regarde mais on ne touche pas : qui s'y frotte s'y pique. Ils sont couverts de soies très fines et très cassantes, capables de pénétrer dans la peau et d'y provoquer des réactions allergiques très douloureuses causées par une sécrétion toxique.
Du côté des mollusques, il n'y a pas grand chose à signaler, sinon que la patience des céphalopodes a des limites : si l'on " joue " sans trop d'égard avec un poulpe, il finira par rechercher une occasion de mordre. La blessure est sans gravité, mais sa cicatrisation est longue. Dans les mers chaudes, citons un mollusque gastéropode dangereux, le cône textile (Conus textile) : il peut projeter un dard contenant un poison souvent mortel. Sa coquille est très belle : raison de plus pour ne regarder qu'avec les yeux !
Passons rapidement sur les crustacés et sur les échinodermes. Personne évidemment n'irait mettre un doigt dans la pince d'un homard (il pourrait être sectionné), ou poser la main sur les épines d'un oursin (dont certaines espèces, en mers chaudes, sont venimeuses)... Disons quand même un mot de l'acanthaster (Acanthaster planci), cette grande étoile de mer tropicale pleine de bras (entre neuf et une vingtaine) et d'épines qui fait parfois des ravages sur les récifs coralliens. Elle aussi, il faut éviter de la tripoter : ses piquants sont couverts d'un mucus toxique.
Restent les poissons. Pour faire simple, on n'évoquera ici que les quelques espèces occidentales susceptibles de présenter un danger et, le cas échéant, leurs cousins des mers chaudes.
La plupart des raies sont armées d'un aiguillon sur la queue. En cas d'agression, elles peuvent en frapper leur adversaire et causer une plaie profonde de plusieurs centimètres, dans laquelle un venin est injecté. La blessure est douloureuse, mais rarement mortelle. Elle doit être nettoyée soigneusement, sans oublier de vérifier qu'aucun morceau d'aiguillon n'y reste accroché.
Un cas particulier : la rencontre avec une raie torpille n'est pas fréquente, mais voilà un poisson qui mérite le détour. Il est capable d'envoyer des décharges électriques dont l'intensité peut atteindre plusieurs dizaines de volts. Largement de quoi paralyser un autre poisson, qui pourra ainsi être capturé sans difficulté. Pour un plongeur, la décharge électrique est douloureuse, mais en général sans gravité.
Les rascasses et chapons n'aiment pas nager. Ils compensent cette petite faiblesse, gênante pour un poisson, grâce à un mimétisme qui leur permet de se fondre dans le paysage : prudence, on les voit rarement au premier coup d'œil. Et, pour faire face à un agresseur, ils possèdent des épines venimeuses sur les nageoires. Ces épines sont des moyens de défense, jamais d'attaque. Petite expérience : repérons une belle rascasse, approchons-nous d'elle doucement puis, au ralenti, faisons mine de la caresser d'une main... Au fur et à mesure que la main s'approche, la nageoire dorsale se dresse dans un réflexe de protection... jusqu'à ce que le poisson, fatigué par ce " jeu ", aille d'un coup de queue prendre l'air (?) ailleurs... Si, par inadvertance, un plongeur pose sa main sur une rascasse qui n'a pas eu le temps de fuir, celle-ci réagit en lui injectant un venin douloureux mais généralement sans suite grave.
Dans les mers tropicales, le venin des poissons de la même famille, rascasses volantes, poissons-scorpions et autres poissons-pierres, peut être très dangereux, voire mortel : il ne faut jamais marcher pied nu en bord de mer dans les zones infestées et, en plongée, il faut plus que jamais éviter de poser ses mains n'importe où.
Les vives chassent à l'affût, généralement enfouies dans le sable ou la vase. Elles sont équipées d'épines venimeuses sur la nageoire dorsale et sur les opercules branchiaux. Lorsqu'on leur marche dessus, ou lorsqu'un plongeur se pose sur elles, elles réagissent en causant une piqûre extrêmement douloureuse - éventuellement à travers les gants ou les chaussons -, dont les conséquences peuvent être graves et se faire sentir plusieurs semaines !
En général, les venins injectés par les poissons sont thermolabiles, c'est-à-dire qu'ils sont détruits par la chaleur.
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Aussi, après une piqûre de poisson, la conduite à tenir est-elle la suivante : nettoyer la plaie, puis baigner au plus vite le membre atteint dans de l'eau aussi chaude que possible, à la limite du seuil de tolérance du blessé ; après quelques minutes, désinfecter la plaie et, dans tous les cas, aller voir un médecin.
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Ne quittons pas les poissons sans saluer les murènes. Peu agressives, plutôt craintives, elle ne mordent pas spontanément, sauf si on les dérange (et sauf si la pratique du feeding - ou nourrissage - les a déformées). A noter : elles vivent dans des trous... dans lesquels il est donc préférable de ne pas mettre les bras à l'aveuglette... Les murènes ne sont pas venimeuses mais, comme elles ne se lavent jamais les dents, leur morsure n'est pas propre et, le plus souvent, la blessure s'infecte sérieusement.
Le milieu marin n'est pas hostile pour qui est normalement prudent. Mieux vaut prévenir que guérir, bien sûr ! Et pour cela, il y a quelques règles simples…
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1. AVANT DE POSER UN DOIGT, POSER UN REGARD !
C'est la règle de base. Avant de se poser ou de se tenir quelque part si c'est nécessaire, même d'un seul doigt, il faut penser à s'assurer qu'aucun animal ne risque de se sentir agressé...
2. NE PAS TOUCHER CE QU'ON NE CONNAIT PAS.
Sans commentaire.
3. BIEN AJUSTER LE LESTAGE : NI TROP, NI TROP PEU.
Mieux vaut éviter de se vautrer au fond sur des animaux qui n'ont rien demandé ou, à l'inverse, de devoir se retenir à tout ce qui passe à proximité pour éviter de remonter trop vite en fin de plongée !
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Enfin, si malgré toutes ces précautions, un incident survient, il est prudent d'interrompre la plongée et de remonter : une morsure ou une piqûre peut entraîner un état de choc et des complications cardio-respiratoires. Il est préférable d'être au sec pour, le cas échéant, les traiter !
Vincent

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