Vrai ou faux corail ?
Corail, corallien, coralligène : dans ce qui fait rêver un plongeur, il y a souvent des mots "magiques" comme ceux-ci. Bien sûr, la Méditerranée n'a pas le même charme que les mers chaudes, mais c'est là que l'on trouve le corail rouge, le vrai (Corallium rubrum).
Sous la mer plus encore que sur terre, les apparences sont trompeuses. Pas plus que l'"anémone" de mer n'est une fleur ou la gorgone n'est un arbuste, le corail rouge n'est un végétal : malgré son aspect fleuri, c'est un animal. Anémones, gorgones et corail rouge appartiennent d'ailleurs à un même groupe d'animaux, celui des cnidaires, où l'on trouve aussi les méduses. Très peu évolués, ces animaux sont pourtant dotés d'une arme remarquable : leur tissu externe contient des cellules urticantes qui leur permettent de tuer et de capturer les proies dont ils se nourrissent (ils sont carnivores), et de se défendre contre les agressions (maints plongeurs imprudents se souviennent de démangeaisons ou de brûlures qui, parfois, ne sont pas bénignes).
Le corail rouge, c'est en réalité une colonie de plusieurs animaux qui vivent ensemble et sécrètent un "squelette" calcaire commun qui leur sert de support. Ce squelette contient de l'oxyde ferrique qui lui donne sa couleur. Les animaux eux-mêmes, lorsqu'ils sont sortis, ont la forme de grandes "fleurs" blanches, qu'on appelle polypes. D'autres cnidaires coloniaux construisent aussi des squelettes communs plus ou moins rigides: les gorgones par exemple ou, dans les mers chaudes, les espèces qui édifient les "récifs coralliens", amoncellements de calcaire édifiés en plusieurs milliers d'années.
Où voir du corail rouge ? A partir de 15 à 20 m de profondeur, au plafond de l'entrée d'une grotte, ou sur la face inférieure d'une dalle dans un éboulis rocheux… Et, plus encore, dans les nombreuses anfractuosités du coralligène, un milieu typiquement méditerranéen constitué de gros blocs calcaires irréguliers créés, eux, par des algues. Le coralligène a été appelé ainsi car on croyait, au XIXème siècle, qu'il donnait naissance au corail... L'hypothèse est fausse, mais ce qui est vrai, c'est qu'il offre les conditions de vie recherchées par l'animal : une relative pénombre (n'oubliez pas votre lampe) dans un endroit calme, pas trop exposé aux courants (et aux plongeurs...).
Là, la colonie d'animaux pousse lentement (quelques millimètres par an seulement...), "la tête en bas", et développe ses branches rouge vif (ou, très rarement, roses ou blanches).
Ne touchons pas, c'est fragile : il suffit de regarder pour reconnaître l'extrémité arrondie de chaque branche, et les élégants polypes blancs en forme de "fleur". Chacun de ces polypes est un petit animal, doté non de "pétales", mais de huit petits tentacules.
Le "faux corail" vit aussi à l'ombre, à partir de 10 m de profondeur, mais se reconnaît infailliblement. Il ne s'agit pas d'un cnidaire, mais d'un tout autre animal, un bryozoaire qu'il vaudrait mieux appeler par son nom : Myriapora truncata (en latin dans le texte)... Ses branches calcaires sont oranges, et leurs extrémités sont plates comme si elles avaient été tranchées au couteau. On n'y voit jamais de polypes blancs, mais un fin duvet orange : c'est la partie visible des animaux, très nombreux sur chaque branche et si petits qu'il faut une loupe pour les distinguer.
Vrai ou faux, le corail est vraiment fragile : sachez maîtriser votre équilibre et vos palmes, et gardez vos distances !
Vincent

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