Sortie hydrospeed
L'antibuée N°2 - Février 98
On commence par découper au cutter des bandes à partir d'un tapis-mousse normalement prévu pour le camping, on enfile ensuite la combinaison de plongée car l'eau de la Cure est froide. A grand coups de ruban adhésif on fixe les bandes de mousses sur les endroits sensibles : tibias, hanches, genoux, hiboux, joujoux... A ce stade de l'habillage, on ne sens plus la fraîcheur de ce matin d'automne dans le Morvan.
Un vieux jean pour protéger la combinaison, une paire de gants et un casque de kayak viennent s'ajouter à l'équipement. Il est temps de s'approcher de la berge, le flotteur sur le dos et les palmes à la main.
Le courant de la rivière est assez fort car ce jour-là, depuis quelques heures, l'EDF a déclenché un "lâcher d'eau" à partir du barrage situé un peu en amont du site où nous nous trouvons. Quelques kayakistes et autres rafteurs se jettent à l'eau...
Il est trop tard pour se dire "Mais qu'est-ce-que je fais ici, moi ? Il faut être cinglé pour se donner rendez-vous un vendredi soir à l'heure où les autres vont à la piscine chauffée, avec pour programme 3 heures de route vers les hauteurs du Morvan... La première destination est une ferme qui loue quelques chambres et une grange pour faire la popote.
Pour ce repérage, nous nous sommes incrustés, Jean-Paul, Anne et moi-même dans l'organisation sans faille du club de kayak d'Aubervilliers qui n'en est pas à son coup d'essai dans la région. Nous dormons à quinze dans un dortoir confortable : Les quelques ronfleurs auront d'ailleurs le sommeil si lourd qu'ils ne sentiront même pas arriver dans la nuit les chaussures qui parsèment leur lit au petit matin. Car on se lève de bonne heure quand on pratique les sports en eau vive ! enfin, on essaie...
La première descente est riche en émotions, on réapprend à repérer les roches affleurantes en regardant la forme des remous, dans les passages calmes on s'entraîne à stopper, dans les rapides on serre les fesses, cramponnés aux poignées du flotteurs en évitant de prendre les rochers de plein fouet ! Tout le long du parcours on s'applique à palmer sans trop ouvrir les jambes. En effet, si on se laisse aller au palmage habituel, un genou risque d'en souffrir s'il rencontre une de ces grosses pierres sous la surface.
Le top du top, ce sont les "passages difficiles" : chûtes d'eau, couloirs rapides, "S" tournoyant autour des rochers, énormes bouillons d'écumes, "tambours" dont il faut s'échapper rapidement pour ne pas être retenus par le courant. Dans les endroits critiques, nous assurons à tour de rôle la sécu depuis la berge. Sur la Cure il y a peu de risques, c'est la rivière idéale pour débuter en hydrospeed. Les quelques passages délicats sont un vrai régal ; Il arrive qu'on déchausse les palmes la première fois pour s'en approcher par la berge et se faire expliquer la façon dont on doit les "prendre".
Bilan d'une journé d'hydrospeed : 3 ou 4 descentes, des tonnes d'émotions fortes, des kilomètres de balade au ras de la surface, quelques batailles navales grandeur nature, même pas un bobo, une bonne douche chaude et plus un gramme de stress !
Laurent

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