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Profession : Scaphandrier Classe 2 Mention B

L'antibuée N°12 - Février 2002

Le train arrive sous un soleil éclatant. Une voix féminine s’envole du haut-parleur vous êtes arrivé à Marseille Saint Charles, je sors mes lunettes de soleil. Je mets mon sac sur roulette, direction l’INPP sur le port de la Pointe Rouge. Je regarde la mer, cette étendue d’eau salée qui jonche notre terre pour nous permettre d’exister. Le soleil vient déposer ses derniers rayons sur le miroir de l’abîme. Je reste là, immobile devant un tel spectacle, la vie est belle. Depuis toujours, je regarde les entrailles de la mer, depuis toujours, je suis fascinée par cette faune et cette flore si bien organisées vivant en pleine harmonie, se mélangeant dans les couleurs, vivant au gré des courants. Depuis toujours, je rêvais de circuler libre, une caméra à la main, et transmettre à mon tour le joyau de notre existence.

L’INPP (Institut National de Plongée Professionnelle) est pour moi une étape obligée pour pouvoir réaliser mon rêve. Je vais apprendre pendant quatre semaines à plonger dans des conditions professionnelles, je vais apprendre à mieux me connaître, à dépasser peut-être mes limites. Cette perspective m’attire et me fait peur.

Lundi 15 octobre, le réveil sonne, il est 5h45. Je n’ai dormi que trois petites heures. Je me présente à l’accueil de l’INPP à 8h00. Pas une femme à l’horizon sauf les secrétaires. Les enseignants arrivent, ce sont pour la plupart des anciens militaires. Leur vêtement est le même, leur allure est droite et leurs yeux nous scrutent. Je comprends, après l’exposé de la première semaine que je suis bien dans un milieu militaire, qu’il n’y aura pas de concessions, qu’il va falloir que je m’adapte très vite. Sans perdre un instant, nous passons au magasin pour prendre notre tenue. Il n’y a pas de combinaison à ma taille pour les femmes, pas de palmes à ma taille et pas de vestiaire féminin. Deux heures plus tard, nous sommes sur le bateau. Les instructeurs nous expliquent brièvement le fonctionnement d’une Fenzy et de sa petite bouteille. Je comprends rapidement que si je veux avoir d’autres renseignements, il faut que je m’adresse aux anciens, ce que je fais. Notre tenu n’a rien de moderne. Le Ministère du Travail qui régie cette école n’a pas suivi l’évolution technologique du matériel, ni les mentalités. Je me retrouve sur le bateau avec une combinaison qui n’est pas à ma taille (le bas est trop grand et le haut trop petit), une Fenzy comme bouée, des palmes pas à ma taille et un bi de 10 litres que je n’arrive pas à porter. Notre première plongée de réadaptation est une descente à 20 mètres masque à la main, une remontée en RSE (remontée sans embout) de 20 mètres, un sauvetage force de 20 mètres suivis d’un échange scaphandre à 20 mètres aussi. Ces exercices, tous les niveaux 4 s’en souviennent certainement, moi, je suis niveau 3 et je n’ai jamais fait ces exercices de 20 mètres, surtout sans préparation. La descente se passe bien, pour la remontée, je suis les conseilles d’anciens niveau 4 du club, je mets légèrement la tête en arrière pour l’expiration. Nous voilà au sauvetage force. L’instructeur nous a donné auparavant les instructions en sept points précis pour réussir cet exercice. C’est mon tour, je suis fatiguée. Je me positionne, je baisse mes jambes pour prendre appui et je me propulse vers la surface. Je palme sans m’arrêter en regardant vers le haut, je fatigue, j’expire à fond pour retarder l’essoufflement mais l’effort est intense. L’instructeur arrive vers moi quelques instants plus tard, il me fait arrêter l’exercice. Je regarde en bas, j’ai palmé tout ce temps pour décoller de deux mètres. Je suis au bord de l’essoufflement. Il me fait signe de refaire l’exercice, je lui demande une minute supplémentaire pour récupérer, il me l’accorde.

Cette fois, je suis bien décidée à regagner la surface avec mon accidenté. Je me replace, je fléchis les jambes avec mes 210 litres sur le dos, je regarde la surface. J’expire profondément puis j’inspire. Je me propulse vers le haut sous un cri d’effort que même l’instructeur entend. Je palme, je palme, je sens cette fois que je monte mais je n’ose pas regarder en bas de peur de perdre mon élan et ma vitesse. Oui, ça y est! je crie de nouveau sous l’effort, je demande à Archimède de m’aider, ce qu’il fait après la barrière des 10 mètres. J’éclate la surface et fait le signe de détresse, je suis à peine essoufflée. L’instructeur a le sourire, il me dit tu vois, tu n’es presque pas essoufflée, tu pourrais même en faire un autre! Je garde le compliment et range la dernière phrase dans le tiroir de l’humour. Nous rentrons au port.

L’après-midi est consacrée au QCM (contrôle des connaissances). Je m’angoisse car la physique n’a jamais été mon fort. J’arrive tant bien que mal à une note de 9,5. À peine la moyenne. Ce matin, le chef de stage nous a bien dit qu’il fallait avoir la moyenne pour rester. Toute les débuts et fins de semaines, il y a un QCM pour passer à l’étape suivante. Cette première semaine est capitale, c’est le tronc commun pour accéder à la Classe I Mention B. Qu’est-ce que la Classe et la Mention. Il existe 3 Classes. Cela correspond à la profondeur autorisée de travail. La Classe 1 est limitée à 40 mètres, la Classe 2 à 60 mètres et la Classe 3 à 90 mètres. La Mention définie le secteur d’activité. La Mention A représente le scaphandrier, les gros travaux en hyperbare (soudeurs, réparations de coques de bateaux…). La Mention B représente le scaphandrier, les autres activités subaquatiques hyperbare (vidéo, photographe, corailleurs…). La Mention C définie les activités hyperbariste médical au sec et la Mention D définie les autres activités hyperbariste au sec. Les Scaphandriers des Mentions A et B sont titulaires automatiquement des Mentions C et D.

La pression s’accentue en cette fin de première semaine. J’ai parlé à plusieurs reprises avec Jean-louis, je lui ai raconté mes angoisses, ma peur de ne pas y arriver. Vendredi, c’est le grand jour. Le matin, ce sont les examens physiques et l’après-midi le QCM. Je regarde la mer dans le crépuscule, c’est magnifique. Je prends mon équipement, je m’habille et monte sur le bateau. Je vérifie mon matériel. Je suis stressée mais l’odeur de l’iode semble m’apaiser. Le chef de stage arrive, nous partons. Je regarde la feuille de plongée pour savoir avec quel examinateur je vais passer mes examens. Je suis avec le chef de stage. Un dernier Briefing et nous sautons. Mon rythme cardiaque est plus rapide, je garde mon calme, c’est vital pour la réussite des épreuves. Je descends dans le bleu masque à la main. À 20 mètres, je mets mon masque et m’équilibre. L’instructeur s’approche de moi et vide ma Fenzy pour la remontée en RSE, deuxième épreuve de réussie, pour le moment tout va bien. Nous redescendons à 20 mètres pour le sauvetage force. L’examinateur vide de nouveau ma Fenzy. J’ai l’impression de ne plus avoir de jambes d’un seul coup. Je me positionne, je ventile plusieurs fois et je décolle. Je palme, je palme, je suis au bord de l’essoufflement, l’examinateur m’arrête. J’ai décollé de cinq mètres. Nous avons le droit à deux essais. Il me demande de recommencer, il lui dit que je suis essoufflée, qu’il me faut un peu plus de temps pour récupérer. Il fait passer un autre stagiaire. Celui-ci remonte l’accidenté. Nous redescendons, mes oreilles passent mal avec les yoyos. J’en profite pour gagner quelques secondes de plus de récupération. Je suis fatiguée, toute la semaine, nous avons plongé deux fois par jour. La pression que les enseignants nous mettent est un facteur supplémentaire d’angoisse et de stress. Je me repositionne avec mon accidenté, cette fois, je n’ai pas le droit à l’erreur.

Je me ventile de nouveau puis dans un cri d’effort, je nous soulève et palme immédiatement pour profiter de la propulsion. Je regarde la surface, je palme, je ne sais pas très bien si je monte mais je palme. J’aperçois le visage de l’instructeur qui me fait signe que je monte bien. Je suis fatiguée mais ce petit signe me donne un coup de fouet, je crie de nouveau et j’accélère mon palmage. Je supplie Archimède de m’aider, ça y est, je m’envole et j’arrive à la surface, je fais le signe de détresse. Je suis essoufflée, j’ai du mal à parler mais je suis heureuse. L’instructeur a le sourire, il semble lui aussi être content. Je suis épuisée mais il nous reste encore une dernière épreuve, le décaplé de 20 mètres. Nous redescendons, nous nous mettons ou l’examinateur nous indique et nous décaplons nos bi. On n’y voit rien, la visibilité est très mauvaise. Nous sommes installés en triangle, il nous fait signe d’aller au bi suivant. J’inspire et je pars, j’arrive sur le détendeur et inspire une bonne bouffée d’air, je suis vraiment fatiguée. L’examinateur nous demande de passer sur le deuxième bi, ce que nous faisons. Je sens la fin des examens. Ce dernier nous fait signe enfin de rejoindre nos bouteilles. Nous ne voyons pratiquement plus rien. J’inspire une fois puis m’élance vers mon matériel, je fais cinq mètres environ mais je ne le vois plus, je ne sais plus ou il est, je ne vois plus le sol. Je regarde derrière moi et j’apperçoie un de mes collègues qui remet son bi. Je vais vers lui, ma réserve d’oxygène s’épuise vite avec les efforts précédents. Je prends son deuxième détendeur et je respire. Le collègue me regarde, je lui fais signe que je ne retrouve plus ma bouteille. L’examinateur arrive, il se trouvait à quelques mètres plus haut. Il a repéré ma bouteille, je prends son deuxième détendeur, effectivement, je ne pouvais pas la voire d’où je me trouvais. Nous remontons, l’examen est fini. L’examinateur ne me tient pas rigueur de ce petit incident, les conditions étaient mauvaises et mon attitude, ma façon de réagir l’a satisfait. Nous rentrons au port. Je suis vidée. L’après-midi, je me retrouve avec mon stylo et mes feuilles. Nous avons une heure.

Les dès sont jetés maintenant, nous attendons sous le soleil les résultats. Si je passe, la semaine prochaine sera consacrée à la Classe 1 Mention B. Si j’échoue, je rentre à Paris.

Le chef de stage nous appelle. Nous rentrons en classe. Il donne les notes: Patricia Ettouati, 13,5. Mes examens du matin étant réussis, je passe. Un poids vient de se libérer de moi, je suis heureuse. Je repars de l’INPP, en ce vendredi après-midi contente et fier, une fois n’est pas coutume.

La semaine suivante se déroule avec beaucoup moins de stress. Les instructeurs nous mettent moins de pression, nous avons passé une grande étape. Le programme est chargé mais se passe dans de bonnes conditions. Je me suis habituée à cette ambiance. J’ai réussi à instaurer un bonjour quotidien, certain instructeur m’appelle même par mon prénom au grand étonnement de mes autres collègues. L’école m’a loué un haut de combinaison et m’a autorisé à prendre mes palmes. Le QCM de fin de semaine se passe très bien, il faut dire que je travaille beaucoup le soir en rentrant. Ma note est de 19 cette fois. Je passe les examens physique avec une plus grande aisance. Je me suis bien améliorée, tant physiquement que psychiquement, je suis beaucoup plus calme. Je découvre en ce vendredi, juste après le QCM le caisson de décompression. La sensation est bizarre. Dans le milieu du travail, nous descendons à 30 mètres par minutes et nous remontons à 12 mètres par minute. Les paliers de décompression se font souvent à 6 mètres à l’oxygène pour limiter le temps et réduire la fatigue, j’en ai pris l’habitude maintenant. La table du Ministère du Travail MT 92 accepte aussi de cumuler le temps des paliers de 3 et 6 mètres et de tout faire à 6 mètres. Pas de plongée successive en dessous de 51 mètres. Le passage des oreilles dans le caisson se fait bien, nous descendons à 40 mètres, selon les prérogatives de la Classe 1 Mention B.

Arrivés à 40 mètres, l’infirmier hyperbare qui nous a descendu nous demande de prendre les feuilles devant nous et de répondre aux questions. Notre voix a changé, cela nous fait beaucoup rire, je pense aussi que nous sommes un peu narcosés. Je réponds aux questions, le temps imparti est écoulé, nous remontons. Le froid s’est installé, je mets une laine polaire. Ce test n’est pas un examen, c’est seulement un moyen de nous faire comprendre que même à 40 mètres, nous sommes tous plus ou moins narcosés. Les résultats de l’examen arrivent, je suis reçu. Désormais, je suis Classée 1 B, je reçois les félicitations du responsable de formation ainsi qu’un carnet de travail estampillé INPP et Ministère du Travail. La semaine prochaine nous attaquons les profondes avec la Classe 2. Nous ne sommes plus que 2. Les autres se sont arrêtés à la Classe 1 pour certains et pour d’autres malheureusement sont repartis sans l’aptitude. La Classe 2 est essentiellement de la pratique en profondeurs. Nous descendons jusqu’à 60 mètres, toujours en Fenzy et avec le bi. En cours théorique, nous avons les mélanges (nitrox, trimix), les recycleurs puis une révision des acquis. À ce niveau, nous faisons systématiquement nos paliers à O2 et il n’y a qu’une plongée par jour. La semaine se passe très bien, l’instructeur est super. Comme tous les vendredis, nous passons un QCM avant de rentrer dans le caisson pour une plongée à 60 mètres et un test. Les épreuves physiques sont bonnes, les résultats du QCM, 19, l’examinateur nous dit que nous sommes tous les deux reçus et que désormais nous sommes des plongeurs professionnels Classe 2 Mention B. La dernière semaine est consacrée, enfin, à la spécialisation pour la vidéo sous-marine. Je repars de l’INPP le coeur rempli de bonheur et de fierté. Fière d’avoir été jusqu’au bout de mes envies.

Cette formation, aussi dure qu’elle eut-été, m’a appris beaucoup de choses. Entre-autre, que l’on peut aller jusqu’au bout de soi même pour arriver à ses envies, même avec un handicap. Elle m’a appris aussi la différence entre le monde professionnel et celui du loisir mais ne nous y trompons pas, il y a autant de risques dans les deux secteurs. Une des différences entre le loisir et le professionnel est financière. Je profite de cette occasion pour remercier les membres du club qui m’ont soutenu dans cette aventure, sans eux, j’aurais eu encore beaucoup plus de mal. J’en profite également pour faire un appel à candidature, si vous connaissez des lieux en France ou proche qui méritent d’être filmé, n’hésitez pas à m’en parler, je suis à la recherche de sujets.

Je garde de cette formation de merveilleux paysages, le calme, la sérénité, la force de vaincre et la magie du milieu marin. J’ai aussi gardé des contacts pour d’éventuelles plongées-club ou hors club. Me voilà de nouveau à Paris et la mer me manque déjà.

Patricia

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