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Alerte à la Caulerpa !

L'antibuée N°10 - Décembre 2000



Cavalaire. Week end de 4 jours, 3e semaine de novembre. A l'initiative du SIVOM du Littoral des Maures (Syndicat Intercommunal à Vocation Multiple), une cinquantaine de plongeurs a été conviée à traquer la Caulerpa taxifolia dans la baie de Cavalaire.

J'y suis allée et si j'en reviens enchantée parce que c'était l'occasion de plonger pour une bonne cause et de rencontrer des personnes sympas, ce que j'ai appris l'est beaucoup moins.

La Caulerpa est en train d'envahir la Méditerranée et d'ici 20 ans si les pouvoirs publics n'interviennent pas plus énergiquement, on pourra dire adieu aux mérous, anémones, gorgones, posidonies, et autres variétés de plantes et poissons.

La baie de Cavalaire est encore peu touchée, quelques centaines de m² éparpillés surtout sur la zone de La Croix Valmer et Cap Lardier. Les îles de Porquerolles et de Port Cros sont hélas touchées. Je n'en ai moi-même pas trouvé pendant mes plongées.

Résumé du week-end : 2 bateaux se sont mobilisés pour transporter les plongeurs sur les sites : le Picantin et le Mio Palmo. Le Sivom assurait toute la logistique : hôtel, repas et choix des sites à repérer. Ce sont les zones sensibles comme les mouillages, les ports ou les sites de pêche.

Nous avons plongé 2 fois par jour par groupe de 10 plongeurs, nageant de front, à 5 m de distance, raccordés entre nous par une corde. Durée de la plongée 40 à 50 minutes entre 10 et 25 m. J'ai regretté de ne pas être équipée étanche ; j'ai eu très froid. On a plongé sur des fonds sableux, rien à voir, la Caulerpa est vite repérable, mais quand il n'y a rien, on s'ennuie ferme alors on travaille son palmage ou sa position allongée pour éviter les poches d'eau glacée sur les reins ! Il y a eu des plongées dans des champs de posidonies. La recherche est plus difficile, mais du coup la plongée est plus intéressante, toujours pas de Caulerpa mais des roussettes, des castagnolles, et plein de belles nacres ; j'en ai compté plus de 15 dans une plongée. On a aussi plongé sur des fonds rocheux ; heureusement que la Caulerpa est très repérable par son vert fluo, car notre attention a été plus d'une fois détournée par les langoustes, les roussettes, les labres et des cartouches et des obus ! On en a profité pour nettoyer sur notre passage et ramasser chaussures, masques, ancres, bouteilles, ceintures de plomb, etc. Concernant la remontée des ancres, la mise en pratique de la loi de Mariotte a été un exercice difficile !

La dernière plongée, je ne l'ai pas faite, à cause du retour en avion le soir même, et c'est là, évidemment, que ma palanquée a trouvé 300 m² de Caulerpa, zone qui n'existait pas l'année précédente. Pratiquement, un plongeur découvre l'algue, signale son arrêt par coups saccadés sur la corde qui relie les plongeurs. Chacun étant munit d'un galicot (petite bouée, genre parachute), on signale en surface la position de la zone envahie. Le bateau récupère le galicot et relève les coordonnées GPS. Le plongeur relève la profondeur, le substrat sur lequel se développe l'algue, et la surface occupée.

Quand on reste sur le bateau et que l'on voit la taille des plongeurs, la zone couverte et l'immensité de la mer, on se dit qu'on a encore du boulot !

Jean-Michel Cottalorda du Laboratoire Environnement Marin Littoral de l'Université de Nice, nous a fait une petite conférence sur la Caulerpa. Le bilan est assez catastrophique. Nous nous sommes tous demandés si notre action ce week end là n'était pas un coup d'épée dans l'eau. La progression de l'algue en Méditerranée depuis son introduction en 1984, est régulière : 6 pays sont touchés (Monaco, France, Espagne, Italie, Croatie, Tunisie), plus de 6000 hectares sont recouverts devant 100 km de côtes. Son éradication sur les zones les plus touchées est désormais impossible. Il existe des moyens pour ralentir la progression de cette algue, mais son élimination totale est impossible. Nous, plongeurs, au même titre que les pêcheurs ou les plaisanciers, sommes les acteurs de cette prévention : la dissémination se fait par bouturage. Qu'elle soit arrachée par un coup de palme ou une ancre ou une tempête, l'algue emportée par le courant va se reformer quelques mètres ou quelques km plus loin. Un morceau d'algue résiste plus d'une semaine hors de l'eau. Une fois remis à l'eau, il peut reprendre son développement !

Voilà mon week-end très instructif et civique. C'est une opération que je renouvellerai. La 3e semaine d'octobre elle se déroulait à Port Cros où j'espère bien aller l'année prochaine.

Si vous connaissez ou découvrez de la Caulerpa il est très important de prévenir l'observatoire de l'université de Nice au 04 92 07 68 46. Je tiens une documentation sur la Caulerpa à votre disposition. De plus je ne désespère pas d'organiser une mini conférence sur ce fléau en faisant venir des spécialistes un de ces jours…. En tout cas, sachez que votre rôle de plongeur - observateur est déterminant pour l'avenir de la grande bleue.

Françoise

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